Ah les films sur la drogue, tout un programme ! J'en ai vu quelqu'uns et finalement il y en a peu qui m'ont vraiment marqué. Je pense notamment à Las Vegas Parano (Fear and Loathing Las Vegas en VO), un film culte pour tout ceux ayant aimé la fumette et qui du coup ne m'a pas réellement plu, n'ayant pu entrer dans le trip. S'en est suivit requiem for a dream, qui est plus un film sur l'addiction que sur la drogue mais qui m'a également déplu. La faute a une trop grande exagération de certains aspects de la drogue, à l'aspect non crédible de certaines part du scénario et au fait que je ne me suis pas pris d'affection pour les personnages, du coup je me fichais un peu de ce qui pouvait leur arriver. Je commencais à me dire que les films sur la drogue n'était pas mon truc lorsque, c'est alors qu'est arrivé A Scanner Darkly.
Les ravages de la drogue chez Keanu Reeves
Il faut savoir tout d'abord que le film est l'adaptation du livre éponyme de Philip K. Dick (bien que s'appellant Substance Mort en VF). Un roman que j'avais lu et adoré, surement mon préféré de cet auteur, son plus personnel, celui qui retrace une part de sa vie et cela se sent, aussi bien dans le livre que dans le film. C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai regardé cet adaptation. Résultat : c'est surement la meilleure adaptation que l'on a fait du maitre de la science fiction. On y retrouve tous ces thèmes chers : dédoublement de personnalité, chevauchement de différentes réalités et bien sûr la drogue, souvent présente dans ces oeuvres. Mais ce qui fait aussi la force du film, c'est qu'il ne traite finalement qu'en partie de la drogue pour se concentrer sur d'autres aspects tout aussi intéressant. On assiste avant tout à la descente aux enfers du personnage principal : Bob Arctor, un agent des stups infiltré qui cherche à démasquer ceux qui vendent la Substance M, LA drogue du moment. Celle qui fait des ravages et rend accro 20% de la population.
Mais cet aspect du scénario n'est pas le plus important et il vaut mieux de ne pas s'y attacher sous peine d'être décu. La plupart des scènes concernent Bob et sa bande de junkies. On y suit leur existence erratique, on assiste aux conversations où règnent le non sens. C'est ces dialogues qui font tout le sel de ce film, on a l'impression d'être vraiment dans un groupe où tout le monde s'est fait griller le cerveau et est devenu complètement parano. Il est assez marrant de suivre la pseudo logique de chacun, logique qui a tout de même une certaine cohérence, et de voir jusqu'où ils peuvent aller.
Oh un Robert Downey Jr.
Autre part importante du film : le traitement graphique, appelé Rotoscoping. En gros, ca consiste à dessiner par dessus le film pour donner une étrange impression de voir un film avec des vrais acteurs mais en dessin animé. Le résultat est dérangeant mais c'est justement ça qui est recherché. Avec ce procédé, le réalisateur rend bien compte de cet effondrement permanement de la réalité auquel est confronté le héros, un monde où rien n'est sûr, où on ne peut même plus compter sur ce que l'on voit. Tout y est déformé par la drogue, on ne sait plus quoi croire, plus grand chose n'a de sens. On se rattache à ce que l'on peut, c'est à dire pas grand chose, on est plongé dans une sorte de brume permanente et c'est ça qui est admirablement retranscrit.
C'est également ce qui peut rebuter, le fait que le film n'a que peu de sens, on y enchaine des scènes sans véritable liant entre elle, les dialogues peuvent également rebuter tellement il n'y a rien à y comprendre. On est aussi paumé que les personnages du film. Et il faut attendre la toute fin du film pour véritablement savoir de quoi il s'agit. Tout y devient plus clair, mais aussi terriblement triste. Pour ma part, j'ai adoré. Il faut dire que les thèmes du film y sont pour beaucoup et que je suis un adorateur de Philip K. Dick. J'adore la mélancolie qui se dégage du film, j'adore aussi les musique qui retranscrivent cet état à merveille. Un film qui ne plaira pas à tout le monde mais qui vaut le coup pour tout ceux ayant aimé le livre.